Message du Gouvernement prélude à la célébration de la Journée Internationale des veuves, lu par Mme Inès Nefer Ingani.

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Mesdames, Messieurs ;
Mes Chères compatriotes.

Le 23 juin de chaque année, la communauté internationale célèbre la journée des veuves.

De portée internationale, l’institutionnalisation de cette journée, célébrée depuis 2011, résulte d’un plaidoyer entrepris par la Première Dame Gabonaise, Madame Sylvia Bongo ONDIMBA, qui s’est en effet, engagée dans la promotion et la protection des droits des personnes fragilisées, dont les veuves.

Sous son impulsion, le Gabon a porté aux Nations Unies un projet de résolution qui a été adopté par l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 21 décembre 2010, et qui a décrété le 23 juin, « Journée internationale des veuves ».

La célébration de cette journée est donc une occasion pour les Gouvernements, les Organisations Nationales et Internationales d’éveiller les consciences sur le phénomène des violences faites aux femmes en général et aux veuves en particulier.
Fidèle à ses engagements pris au niveau international, le Congo notre pays a célébré pour la première fois cet évènement, le 23 juin 2012 sous le thème international : « Agissons ensemble pour les veuves », et depuis lors, cette célébration est ancrée dans nos habitudes.

Mesdames, Messieurs ;

La perte d’un conjoint est événement dévastateur. Pour de nombreuses femmes, cette perte est amplifiée par un combat de longue haleine aux besoins fondamentaux, pour faire respecter leurs droits humains et leur dignité.

La célébration de cette année au niveau international est placé sous le thème : « les femmes invisibles aux problèmes invisibles » cela en dit long. Au niveau national, nous avons placé cette célébration sous le thème :  « sauvons les femmes des rites de veuvages humiliants et dégradants en cette période de la pandémie de Covid-19 ». S’adaptant à nos réalités, ce thème national a pour but de sensibiliser et d’interpeller l’opinion international et national ainsi obtenir une meilleure défense des droits des veuves à travers le monde. D’abord par l’ampleur méconnue du drame silencieux que vivent de nombreuses veuves. Selon les chiffres, elles sont plus de 245 millions dans le monde et, plus de 100 millions d’entre elles, vivent en dessous du seuil de pauvreté, ruinées, déshéritées, accusées de sorcellerie, expulsées du domicile conjugal, violées ou mariées de force à un autre membre de la famille, leur situation est souvent plus que désastreuse.

Il va sans dire que leur vulnérabilité est particulièrement accrue dans les pays en conflits armés ou elles survivent avec les orphelins dans les conditions de grande précarité. Et les violences basées sur le genre dont elles sont victimes sont également un facteur de souffrance supplémentaire. De même, dans les pays en paix, leur situation mérite également regard et considération.

Il est important de relever qu’au Congo, le décès du conjoint est source de traumatisme, de dépression et de dégradation de la santé car, il est à relever que, dès l’annonce du décès du mari, les femmes sont pour la plupart soumises abusivement à toutes sortes de rites humiliants et dégradants sous prétexte du respect de la coutume. De ces rites on peut citer : le verrouillage de la chambre conjugale, le port des habits déchirés expressement pour la circonstance, la privation des repas, les injures publiques, les battues. On demande même aux veuves de pleurer sans cesse en gardant la tête toujours baissée pendant toute la durée de veillée, de dormir à même le sol, sur une natte ou encore sur un morceau de tissu parfois en bas desquels sont placés des bouts de bois ou encore des amendes de noix de palme, pour ne citer que ceux là. Il n’est pas rare qu’elles soient même chassées de chez elles, expropriées non seulement des biens de leurs maris mais parfois de tous les biens qu’elles ont-elles même acquis après des années de dur labeur au côté de leur époux.

Ces rites représentent en effet des formes de maltraitances et de violences basées sur le genre.

Certaines veuves, parfois très âgées, ont moins de chance de se remarier : ce qui les conduit à un isolement et souvent à une dépendance vis à vis des enfants, des membres de la famille élargie ou même des voisins. D’autres sont seules désormais à affronter les défis de la vie ; ce qui les rend de plus en plus vulnérables surtout en cette période de grande crise sanitaire et humanitaire de la pandémie de la « Covid -19 »,

Le pire c’est que dans notre pays, malheureusement, les femmes sont les principaux bourreaux dans ces actes de maltraitances bien qu’au su et au vue des hommes qui assistent impassibles sans réagir.

Mesdames, Messieurs ;

La question de veuvage dans notre pays avec une multitude d’us et coutumes, nous interpelle tous aujourd’hui à une réflexion très poussée dans la recherche des pistes de solutions ceci en vue d’atténuer le calvaire des veuves.

Les résultats de l’enquête réalisée en 2015 par le ministère dont j’ai la charge ont démontré que, de moins en moins de veuves ont de chance d’avoir accès à des pensions de veuvage, de sorte que le décès d’un conjoint entraine des dépressions pouvant conduire à la mort. Nombreuses d’entre elles refusent de faire recours à la justice par peur de la sorcellerie, par méconnaissance des voies de recours mais aussi, parce que la législation congolaise ne reconnait pas le mariage coutumier.

En cette période difficile de riposte à la pandémie de la corona virus Covid -19, certaines veuves même mariées à l’Etat civil, n’ont pas accès aux comptes bancaires de leurs défunts maris pouvant leur permettre de se payer les soins de santé ou encore pour subvenir aux besoins les plus vitaux de leurs enfants.

Plus de recherches et de statistiques ventilées par statut matrimonial, sexe et âge sont nécessaires pour mieux évaluer l’incidence de la maltraitance des veuves. L’absence de données solides et fiables reste l’un des principaux obstacles à l’élaboration de politiques et de programmes d’élimination de la pauvreté, de la violence et de la discrimination dont sont victimes celles ci.

Mesdames, messieurs ;

Je réitère que la situation des veuves ne devrait pas nous laisser insensible mais plutôt retenir toute notre attention.

Aujourd’hui plus que jamais, la célébration de cette journée est l’occasion d’agir et de faire en sorte que les droits des veuves soient reconnus et respectés par tous, non seulement comme cela est inscrit dans le Code de la famille congolaise, mais aussi, tel que les principes du mariage sont reconnus par le droit coutumier. Il s’agit notamment de permettre à toutes les veuves, l’accès à une part équitable de leur patrimoine, de leurs terres et de leurs ressources productives ; une pension et une protection sociale qui ne sont pas basées uniquement sur l’état matrimonial ; ainsi que des possibilités d’éducation et de formation des orphelins.

Donner aux veuves les moyens de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs familles permet de lutter contre la stigmatisation sociale, qui provoque l’exclusion et des pratiques discriminatoires ou préjudiciables.

En cette journée spéciale je compte sur la compréhension et les interventions de tous : hommes et femmes ; responsables politiques à tous les niveaux ; hommes d’église ; chefs de quartier et chef de famille, etc.… ; pour apporter efficacement votre contribution en appuyant les initiatives du Ministère de la Promotion de la Femme et de l’Intégration de la Femme au Développement, à travers les projets de textes de lois de protection des droits de la femme soumis pour adoption au secrétariat général du Gouvernement afin de trouver un remède pour régler et régulariser définitivement le problème de veuvage dans notre pays.

En dépit des avancées significatives enregistrées en matière de lutte contre toutes les formes de violences à l’égard de la femme menée par tous les acteurs, dont la révision du code de la famille et des personnes.
La bataille reste encore entière contre les rites de veuvage humiliants et dégradants à l’encontre des femmes.

Le Roi Napoléon, homme d’Etat Français disait : « le monde souffre beaucoup, non pas à cause de la violence des mauvaises personnes mais à cause du silence des bonnes personnes », fin de citation.

Mesdames, messieurs ;

Je ne saurais terminer mon propos sans rendre un hommage déférent à son Excellence monsieur Dénis SASSOU NGUESSO, Président de la République, Chef de l’Etat, qui a placé la question de la femme au cœur de sa politique et de l’action gouvernementale notamment dans son projet de société : « Ensemble, poursuivons la marche » dans le volet renforcer l’état de droit, la stabilité et la démocratie ainsi que le progrès social pour tous.

L’avenir que nous recherchons et souhaitons pour notre beau pays le Congo, est une société, où chaque femme puisse vivre à l’abri de la discrimination et de la violence, et jouir pleinement de ses droits fondamentaux afin de contribuer pleinement à son développement.

Je vous remercie.

Inès Nefer Ingani, Ministre de la Promotion de la Femme et de l’Intégration de la Femme au Développement.

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